ITW par GABY D.
CRM : Comment peux-tu te définir ?
Jean-Pierre Collinet : Je suis l’architecte du bol de Marseille, mais j’utiliserais plutôt le terme de designer du bol, de A à Z au niveau de la conception même et de la maîtrise d'oeuvre. Le suivi de chantier a été exécute par un paysagiste, bien que j'y ai participé puisque j’ai passé six-mois jour pour jour, à venir tous les jours, même à tenir le canon à béton, à surveiller les travaux. Je n’ai jamais été payé pour ça non plus…
Comment est venue l'idée du bol et en quelle année ?
C'est une longue histoire car en fait ça remonté à une envie énorme de skater. À MarseIlle, comme dans les autres villes de France ; on n’avait.rien à notre dispostion qui permette de nous satisfaire complètement. Étudiant et Nantais d'origine, j'étais arrivé en 83 à Marseille. J'avais déjà l'habitude d'utiliser des skateparks puisque dans ma région, on avait le bol de la Roche-sur-Yon et un vieux skatepark privé à Lorient. Au niveau des trajectoires et des courbes,j'avais déjà une certaine expérience et je savais de que ça pouvait : générer comme sensations. Contrairement aux gens du Sud qui n'avaient pas eu l'occasion d'utiliser des grandes surfaces aménagées. Il y avait bien eu une expérience qui avait été faite au zoo de Fréjus et un petit skatepark privé derrière le Marineland d’Antibes, j'ai même une photo de moi en patins à roullettes sur les modules, parce qu'à l'époque je fasais soit du skate soit du patin en fonction de la difficulté. Il y avait enfin un petit skatepark sur un parking à Nice. Je faisais aussi du street et quand tu te balades comme ça tu finis par rencontrer des gens et puis un jour on me dit : il y a des pipelines sur la plage parce qu’à cette èpoque-là les plages étaient en train d'être aménagées. Effectivement il y avait une construction de tubes de 25 m de long qui devaient faire 4 m de diamètre. Ces tubes sont restés pendant six mois un an, ça a un peu développé le skate sur Marseille. Ça se situait à 400 m de l'endroit où est le bol aujourd'hui. Déjà quand on nous a enlevé ces pipelines, on avait l'idée de retrouver la sensation qu'on avait, c’est-à-dire skater au bord de la mer, à l’air libre, devant tout le monde et puis voilà, c'est comme ça que ça a germé. Parallèlement on a découvert dans le bois du Roy d'Espagne un vieux bassin à canards qui datait de 1980 en forme de dauphin. On a skaté ce truc-là pendant trois quatre ans, il y a beaucoup de gens qui se sont greffés là-dessus. Moi, je m’étais dit : je veux bien faire un bol, je veux que ça bouge. Comme j’étais étudiant en archi, je regardais les vidéos et je me disais : tiens je vais faire ça et ça… j’ai dessiné un bol et puis je suis allé carrément aux Espaces Verts, j’ai frappé aux portes et puis j’ai dit : je veux voir quelqu’un qui soit responsable, tu sais avec le fougue de la jeunesse, tu rentres partout…
Tu étais seul à ce moment-là ?
Oui. Tu rentres là-dedans et puis il faut tomber sur la bonne personne… Il y avait une personne qui était proche de la retraite et à qui le skate ne disait rien du tout. Et puis j’ai rencontré quelqu’un de beaucoup plus réceptif qui s’appelait M. Bénélice. Je lui ai carrément donné gratuitement des plans d’un bol qui a été construit : c’est le premier bol de Marseille qui s’appelle le bol de Valmante. Ce bol a eu un succés phénoménal, il y a eu un monde extraordinaire. Comme la mairie de Marseille en avait marre des désordres dus au skate et au roller, car beaucoup d’entre nous utilisions les pelouses pour descendre, ça faisait de grosses traînées et ça ne plaisait pas trop au Maire, donc, ils avaient décidé de faire quelque chose. Il sont passés par une étape où ils nous ont mis une espèce de ditch sur la plage. Ça a fait les beaux jours du skate pendant un ou deux ans avec une espèce de mini rampe qui n’était pas en très bon état.
Toujours au bord de la mer à l’Escale Borely ?
Voilà. On faisait du skate mais on s’ennuyait ferme. Et puis M. Bénélice m’a recontacté et m’a dit : La Ville de Marseille a décidé enfin de faire quelque chose, compte tenu qu’on est en train de procéder à l’aménagement de toutes les plages sud, est-ce que tu voudrais bien t’occuper de ça ? Tu travaillerais dans une agence en paralléle, tu dessinerais un bol et voilà. Donc en fait les prémisses du projet du skatepark de Marseille dans ma tête c’est 88, j’ai retrouvé des documents à ce propos, mais la démarche du service des Espaces verts, je crois que c’est fin 89-début 90. D’ailleurs je tiens à préciser que je n’ai jamais ramené de plans des Etats-Unis. C’est une conception totalement française. Il faut savoir que le skatepark a été dessiné entre une photocopieuse et une poubelle, je n’avais même pas une table à dessin. C’est un mauvais épisode pour moi.
C’était où ?
Dans une agence à Aix-en-Provence. Le responsable était obligé de sous-traiter quelqu’un comme moi parce qu’il était incapable de le faire, donc, il m’a mis entre la poubelle et la photocopieuse. Bon, je me suis accomodé de ce genre de choses ,et à ma grande erreur, j’ai pondu quelque chose très vite parce que ça faisait très longtemps que j’avais cogité le machin et que je savais ce qu’il fallait faire. Au bout d’un mois, le dossier était bouclé.
Le pré-projet ?
Non, même pas pré-projet, tout était dans ma tête, je n’avais plus qu’à dessiner le plan d’éxcécution. Donc, un mois de design et puis après il a fallu un an pour construire le bol. La date de réception, c’est le 13 juillet 1991.
Ça c’est la fin des travaux ?
Fin des travaux et inauguration le jour même. C’était la foire d’empoigne, il y en a qui se battaient… Enfin bref, c’était insupportable. D’autant que comme la peinture était très lisse, ça glissait énormément et ça réverbérait tellement la lumière du soleil qu’on avait mal aux yeux. Mais on a eu de la chance parce qu’il y avait une tournée d’un team de skate ce jour-là, il y avait Magnusson, Danny Way, Carter et Malkovitch…
Le premier qui a skaté le bol, c’est toi ?
Oui… Eh oui ! Après ils ont été obligés de prendre un chien et un fusil pour éviter que les gens ne fassent pareil… Mais ça n’a pas empêché, les gens venaient quand même skater.
L’ambiance était comment autour des travaux ?
Tu peux imaginer comment c’était. C’était comme des loups en train de regarder une proie, ils attendaient, ils attendaient… Il y avait un autre truc marrant dont je me souviens pendant les travaux ; tu avais des espèces de toiles de tentes posées au dessus du skatepark, ça ressemblait un peu à des tentes arabes dans le désert. Je me souviens avoir pensé que ça serait une maison agréable à vivre, une maison en forme de bol comme ça.
Comment est-ce qu’on construit un bol ?
Déjà un bol, c’est un gros travail de descriptif. Les plans ça ne doit pas être des plans d’architecture. Souvent les architectes se contentent de faire un trait pour les arêtes et point final et après les entreprises se débrouillent. Or contrairement àaux autres genres de produits, un bol est vraiment construit en 3 dimensions, avec des détails techniques qui vont être du millimètre près, ce qu’on ne retrouve pas très souvent dans le batiment. Tout ça, il faut que ça soit très bien décrit. Il faut en plus régler des problèmes techniques comme les joints de dilatation qui sont imposés par le béton et les problèmes posées par les différents matériaux qui sont utilisés dans ce genre de choses. Donc, ça n’est pas quelque chose qui doit être fait à la va-vite.
À qui faut-il faire appel pour dessiner le plan d’un bol : un architecte, un skater ou les deux en même temps ?
À un architecte… qui a fait du skate ! Parce que s’il n’a jamais skaté de sa vie, il ne va pas vous pondre quelque chose de bien, il va vous pondre des projets comme ceux qu’on voyait dans les années 70 style piste de ski. Lui, il va être content mais je ne sais pas si les pratiquants le seront.
Mais ça existe des architectes-skaters à part toi ?
Oui, ça existe. Mais même eux, il faut les canaliser. S’il est très orienté street, il va vous faire une piste avec des marches, des curbs, des handrails… mais quel est l’intérêt, parce que vous avez tout ça dans la rue ? Un bol, ça a vraiment un intérêt particulier. Il faut en rester aux racines, je veux dire l’essence même du street c’est d’utiliser la rue.
Il faut donc faire appel à un pro…
Oui. Surtout il ne faut pas copier bêtement les dessins qui sont publiés dans les magazines, parce que ce ne sont pas des plans techniques mais des plans d’étude, des avant-projets qui n’ont rien de défini, il n’y a aucune échelle précise. Ça va vous coûter plus d’argent à corriger les erreurs qu’à bien prendre le temps de réfléchir à quelque chose de correct. Mieux vaut demander conseil à quelqu’un de compétent, ça ne vous coûte rein.
À quoi doit-on faire attention quand on conçoit un bol ?
Premièrement quand tu conçois un skatepark, il faut le concevoir comme quelque chose qui doit être adapté à tous les styles, à tous les niveaux et qui doit être accessible à toutes les disciplines. Ça veut pas dire pas mal de contraintes, notamment des contraintes de hauteur, d’échelle humaine : tu ne vas pas faire un bol en béton avec 5 m de profondeur, ça serait une hérésie et ça serait rendre l’endroit très dangereux. Donc premièrement, tu dois faire dans ton skatepark des lieux pédagogiques où tu peux apprendre les figures quel que soit ton niveau. J’ai décliné un peu toutes les hauteurs en calculant les angles par rapport au coping, pour qu’on puisse apprendre le figures de grinds par exemple sur de toutes petites hauteurs pour éviter de se casser la figure et puis qu’ensuite on prenne petit à petit de la hauteur pour s’aguerrir. Tu as besoin de progresser par exemple à 70 cm de haut et puis après d’aller à 1, 70 m et puis à à 1, 80…
Un skatepark, c’est évolutif…
Oui, c’est ça, il faut absolumment que ce soit évolutif. D’un autre côté, il faut que le park soit accessible à tous, parce qu’à un moment précis par exemple à 18 ans, tu vas avoir un super niveau, tu vas pouvoir sortir à 1, 50 m/2 m de hauteur, mais quand tu auras pris 15 ou 20 kilos, tu ne feras sûrement pas les mêmes figures, par contre tu auras toujours envie de te faire plaisir, tu vas être obligé de passer par là. Tu peux faire du va-et-vient mais si tu as envie de curver, tu seras toujours obligé de rester dans une ligne particulière parce que la forme t’impose une trajectoire.
Quand des pros arrivent pour la première fois au bol, ils trouvent souvent de nouvelles lignes…
Tout à fait, c’est parce qu’ils ont un œil extérieur. C’est le fait culturel ça. Quand tu as des gens qui viennent tous les jours au bol, ils ont certaines habitudes, des respects de priorité, donc forcément il y a des lignes qui vont s’imposer naturellement parce que tout le monde fait comme ça. Mais si quelqu’un arrive de l’extérieur et qui a l’habitude de prendre d’autres trajectoires, c’est vrai qu’il va y avoir un œil et qu’il va faire progresser tout le monde parce que les autres seront dans un train-train quotidien. C’est comme dans la société : il y en a qui suivent et il y en a d’autres qui ont été à l’étranger et qui ont vu des choses différentes.
Ça doit faire plaisir de voir quelqu’un découvrir de nouvelles lignes ?
De nouvelles lignes, non, je ne suis pas tellement d’accord. Toutes les lignes on les connaît. Ce qui est plaisant c’est de voir qu’il y a des gens qui sont capables de les faire. J’ai vu des transferts auxquels j’avais pensés et qui ont été faits et j’avoue que le jour où je les ai vus, ça c’est extraordinaire. Premièrement parce que c’est beau, mais qu’en plus c’est la concrétisation de savoir qu’à cet endroit-là on pouvait passer exactement là où on l’avait prévu.
Est-ce qu’il y a beaucoup de différences entre ce que tu avais rêvé, le pré-projet et ce qui a été fait par la suite ?
J’avais prévu des plates-formes nettement plus grandes pour pouvoir prendre de la vitesse avant de te jeter dans le bol. J’ai été un peu frustré qu’on me dise : vous avez droit à 1 m de plate-forme autour, et encore j’ai tiré un peu sur la corde ! En plus on nous a imposé de mettre des barrières entre l’aire de street et le bol lui-même, j’ai trouvé ça très frustant parce qu’il y avait des trajectoires qu’on pouvait faire là. Il y a même un responsable d’une société d’économie mixte qui nous avait dit : bon, si vous nous embêtez, on vous met une barrière sur le coping du spine… J’avais trouvé ça très original ; gâcher un million de francs pour mettre une barrière sur un spine, franchement c’était intelligent !
Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas plus de bols en France et en Europe ?
C’est une volonté politique premièrement. Le skate et le roller, c’est un marché privé, donc il n’y a pas vraiment de Fédérations très importantes qui permettent d’imposer leurs idées comme dans le tennis ou le football. On serait un sport qui aurait plus d’argent, je pense qu’il y en aurait peut-être un peu plus. De même s’il y avait un peu plus de gens compétents dans ce secteur sportif à la tête d’organismes comme les Services Techniques, les Services des Espaces vert ou les Services des Sports. Et puis on est confronté au problème que les mairies veulent très rapidement répondre à une demande. Donc qu’est-ce qu’elles font ? Elles font la plupart du temps appel à des spécialistes d’équipement en préfabriqué parce que c’est une solution assez rapide et qu’elles ne se posent pas vraiment la question de savoir si c’est la bonne réponse. Parce qu’en posant des rampes, c’est vrai qu’on répond très vite à la demande dans l’instant présent, mais il n’y a aucune pérennité. Souvent ce sont des équipements élitistes, destinés à une poignée de gens qui savent très bien en faire, mais est-ce que ces gens-là ont réellement besoin de ces équipements, est-ce qu’ils ne faudrait pas plutôt aller dans les sens d’équipements ouverts ouverts à tout public, mais ça je ne pense pas que ce soit une volonté très importante, parce qui dit grand public, dit pas d’encadrement, pas de club, donc ça ne sera pas de la compétence d’un Service des Sports, ce sera de la compétence d’un Service des Espaces verts. Or les Services des espaces verts en général n’ont pas envie de s’occuper d’un équipement dangereux, d’autant plus qu’actuellement il y a des nouvelles normes pour les jeux d’extérieur qui imposent des hauteurs, etc. Les skateparks sortent du cadre réglementaire. Donc pour quelqu’un de responsable de la maireie qui voudrait faire un skatepark, je crois que ça serait beaucoup plus d’ennuis et de contraintes pour lui que de satisfactions.
Combien ça a coûté le bol de Marseille ?
Un million de francs (150 000 €). Je ne connais pas beaucoup de villes qui en France ont fait un investissement pareil et qui l’ont rentabilisé par la fréquentation. À mon avis, la Ville de Marseille a fait un très bon investissement, ils ont une jeunesses qui est comblée puisqu’ils ont l’équipement que le monde entier leur envie. Par contre je ne sais pas si les jeunes en sont conscients…
Le bol a eu aussi la chance qu’il y ait eu un responsable de mairie qui comprenne son intérêt ?
C’est vrai que pour un responsable de mairie ça ne doit pas être évident de prendre un risque comme ça. Parce qu’il faut être sûr d’avoir quelqu’un qui vous fasse un bon produit. Moi je serais responsable de mairie, j’hésiterais… Mais à mon avis la principale raison pour laquelle il n’y a pas un développement plus important des bons skateparks publics en France, c’est qu’en général les mairies abordent mal le problème. Elles se disent qu’il y aura toujours un club qui va acheter une rampe ou quelqu’un qui va créer un skatepark privé… Mais ce n’est pas vrai, un skatepark privé ça ne peut pas marcher.
Pourquoi ?
Parce que les skateparks sont eux aussi régis par un chiffre d’affaires, par un coût d’exploitation. Qui dit surface dit prix au m2 et ça veut dire énormément de fréquentation et je ne sais pas si un skatepark privé peut provoquer une fréquentation qui permette de rentabiliser l’investissement. Je pense que seule une mairie, seul un équipement public peut pérenniser la pratique de différents sports comme le roller, le skate et le bicross. Parce qu’en fait un skatepark, ça va marcher comme une plage. L’accés est public, mais ce qui va rentabiliser la chose, c’est tout ce qui est autour : magasins, sandwicheries, restos, vente de rollers, vente de skate, vente de bicross… Tout ça permet de faire vivre des gens, en plus ça permettrait de faire vivre des gens, en plus ça permettrait de faire vivre des pratiquants parce que qu’est-ce que fait un type qui fait du roller quand il est étudiant ? Rien, il va travailler chez Mac Do. Là, ce serait peut-être l’occasion pour lui de vendre du skate près d’un skatepark public. En plus d’être en contact avec la population, parce qu’un skatepark public c’est un lieu de rencontre. Un espace public, c’est une bonne solution, mais il faut qu’il soit bien fait. Le problème pour l’instant, ça fait 20 ans que je pratique des skateparks et j’ai toujours vu des trucs où il manquait le principal : soit c’est la forme, soit ce sont les courbes, soit c’est le revêtement qui n’est pas bon… Quand tu as un enduit qui accroche et qui n’est pas lisse, tu te fais mal quand tu tombes. Quand tu as un mec de 25 ans qui veut s’y mettre, si il se fait mal et il n’y retournera plus. Donc il faut des équipements qu’on puisse utiliser en toute sécurité.
Donc si je te suis bien, un skatepark réussi c’est un skatepark intégré dans une politique de la ville ?
Tout à fait, au même titre qu’un café ou qu’une fontaine. C’est un équipement public, il ne faut pas le concevoir comme un équipement sportif qui obéit à des régles sportives et je ne pense pas que les populations qui utilisent les pratiques dont on parle soient des gens qui aient envie de suivre des règles. Bon, il y a forcément des règles, mais un minimum. Il y a des gens qui ont envie de skater à 2 h du matin alors que les skateparks ferment à 21 h… Je pense qu’il faut laisser la possibilité de skater tout le temps, au lieu d’avoir des skateparks qui sont fermés de 21 h à midi. Autant faire du tennis ou du foot…
Mais les mairies n’ont pas envie de dépenser trop d’argent pour un skatepark…
Regarde le skatepark de Marseille. Qu’est-ce que c’est qu’un million de francs sur 25 ans, même sur 5 ans, ça fait 200 000 F (30 000 €) par an. Quel est le budget d’une mairie pour une rampe ? Je suis sûr qu’il y a déjà eu des centaines de millions de francs dépensés pour des rampes par des mairies et combien sont encore en place ? c’est ça qui est dommage, il faudrait qu’ils réfléchissent un peu à l’argent qui a été foutu en l’air… Je vois tellement d’exemples où on copie à tort et à travers, on balance 200 000 balles dans une rampe qui ne sera jamais utilisée, là je pense qu’il faut arrêter, c’est incohérent. Regarde le skatepark de La Beaujeoire à Nantes, Christophe Bétille, un ancien Champion de skate a investi beaucoup de son temps et de son argent là-dedans et maintenant le skatepark tombe ne ruine… C’est de la compétence qui s’en va, de l’imagination qui s’en va. C’est décevant que la mairie de Nantes laisse tomber comme ça un lieu. Ils auraient mieux fait de faire à l’origine un bon skatepark en dur. Comment peut-on laisser des gens s’investir là-dedans et puis ensuite les laisser tomber ? mais ce n’est pas propre à la ville de Nantes, c’est toutes les villes que je connais. Que ce soit Paris : pourquoi ils laisseraient pas les bassins de la Tour Eiffel libres ?
Parce qu’il y a des touristes…
Oui mais ils pourraient mettre des grillages comme pour les terrains de basket à New York, il y ades gens en train de jouer et ça ne gêne personne. Non, le mieux, je ne sais pas, où est-ce qu’on pourrait mettre un skatepark à Paris ? Le Champ de Mars, le Jardin du Luxembourg…
À côté du Sénat ?
Pourquoi pas ? On peut dessiner un skatepark qui s’adapte à l’architecture du lieu. Si on a envie de faire quelque chose qui a une forme classique, tu peux faire des bassins classiques qui s’intégrent tout à fait dans l’architecture, ça il n’y a pas de problème. Donc qu’on ne nous dise pas que c’est inesthétique, ce n’est pas vrai.
C’est juste une décision politique alors ?
Oui. Le problème est que ce sont des sports qui n’obéissent pas à des régles, c’est tout, donc on ne contrôle pas ces gens-là, c’est ça peut-être qui fait peur… « Ils vont nous abîmer nos bancs ! ». Ben oui, ça c’est sûr.
Ce qui me frappe, c’est que tu intègres vraiment la glisse à la société…
Bien sûr. De toute façon, le roller skate date du XVIII ème siècle, nos ancêtres faisaient déjà du patin à roulettes, on a rien inventé. Il y avait des grandes pistes, des rinks dans tout Paris avant la guerre. Ça fait partie de la culture, c’est un mode e déplacement…
Pourtant souvent les mairies ne veulent pas investir dans des skateparks en disant que ce n’est qu’une mode qui ne durera pas…
Ça fait 20 ans que c’est la mode ! Il y a beaucoup de mode qui dure 20 ans, moi je n’en connais pas beaucoup… Donc ça c’est l’argument quand ils n’ont rien à dire. Non ça c’est clair, c’est parfaitement intégré : qui n’a pas sa paire de patin à roulettes, maintenant c’est vendu en grande surface. On est en 1998 ! Je veux bien que ce discours-là ait été valable dans les années 70 mais pas maintenant quand même. Non, non c’est complètement rétrograde. Et puis il faut progresser avec son siècle.
Le bol est un bon exemple, ça va faire bientôt 10 ans qu’il a été construit…
Oui, 7 ans déjà. Et ça marche, il y a toujours autant de monde et même plus et à mon avis ça ne va pas désemplir. Bon au début, c’était le skate, maintenant c’est le roller. Pour que le sport continue, je pense qu’il faut faire goûter les gens au skatepark. Je ne pense pas qu’une rampe soit un endroit que puissent apprécier des gens qui ont mon âge par exemple. Si on veut élargir le cercle de pratiquants, il faut un skatepark où tu puisses carver, où les gens peuvent se faire plaisir sans se faire mal en tombant, ainsi ils seront satisfaits, ce sont des gens heureux qui aiment les autres et qui ne cherchent pas des noises à leur prochain.
Donc construisons des skateparks pour que les gens soient plus heureux !
Oui. Je ne dis pas qu’il faut en faire autant que les boîtes de nuit, mais…
Pour finir est-ce que ça été un bon souvenir, une bonne expérience le bol pour toi ?
On va dire que oui, car personnellement non… Si ça été un grand bonheur pour tout le monde, n’importe qui serait satisfait d’avoir fait quelque chose qui rende les gens heureux. Là c’est sûr que c’est d’autant plus satisfaisant que c’est quelque chose qui est reconnu. Je suis allé récemment à Marseille, j’ai rencontré des Anglais qui m’ont dit qu’ils venaient une semaine tous les ans pour skater le bol. C’est vrai que c’est très satisfaisant pour son égo. Je suis descendu la semaine dernière, exprès de Nantes pour me retrouver avec une compétition de roller, donc je n’ai pas pu skater, bon j’avais un peu la haine, mais j’avoue que j’ai vu du beau spactacle. Ça valait quand même le coup de faire 1 000 km. Il n’y a qu’à regarder les mecs. Ce qui est un peu gênant dans ce bol, c’est qu’une fois que tu commences à regarder, tu peux y rester 24 h, 48 h, tu restes là, tu regardes et il se passe toujours quelque chose.
Et si c’était à refaire ?
Je ferais plus grand. Je crois que j’utiliserais encore plus de subterfuges pour essayer de faire plus grand.
C’est quoi ton bol de rêve ?
6 000 m2 en plein centre-ville avec des trucs de fou, mais cela peut être n’importe où, ça peut être fait à Paris, à New York en plein Central Park…
Si tu as une mairie qui t’appelle maintenant pour le faire, tu le ferais ?
Faut voir. Parce que bon, j’ai eu pas mal de gens qui m’ont appelé comme ça mais il n’y avait rien de sérieux. Oui si c’est sérieux, si c’est quelque chose de bien encadré, oui, c’est possible.
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